Le Meilleur des Mondes – Aldous Huxley

Couverture Le Meilleur des mondes Aldous huxley« How many goodly creatures are there here! How beauteous mankind is! O brave new world! That has such people in’t! » (Shakespeare)


« Combien de belles créatures vois-je ici réunies ! Que l’humanité est admirable ! O splendide Nouveau Monde Qui compte de pareils habitants ! »

Synopsis

Au VIIe siècle après Ford, la devise du monde est «Communauté, Identité, Stabilité». Chaque être est fabriqué en éprouvette et conditionné dès sa naissance en fonction d’un statut prédéterminé. La vie est organisée, privée d’émotion, placée sous le signe du bonheur chimique par l’intermédiaire d’une drogue euphorisante. C’est la fin de l’individu, de la personne. Mais il y a un grain de sable dans la mécanique…

 

Mais de quoi ça parle ?

C’est dans une société où tout est millimétré pour le “bien-être” de la communauté et ce, dès la naissance, que Le Meilleur des Mondes ( Brave New World en anglais) prend place.

Il faut savoir que cette oeuvre, bien que parue en 1932, a bien cerné quel pourrait être le devenir de nos régimes politiques. Loin de 1984 de Georges Orwell (on pourrait même dire à son opposé !!), la société mise en place est loin d’être despotique : ici, c’est sous la forme d’un abrutissement béat, d’un conditionnement de l’être humain dès l’enfance et d’un lavage de cerveau particulièrement efficace que le contrôle du gouvernement est assuré. Pas besoin de répressions, chaque individu considère que la place qu’il a est bel et bien la meilleure qu’il puisse avoir. En effet c’est un système de caste qui régit la communauté : il est décidé par des manipulations chimiques à quelle classe sociale appartiendra chaque homme,  (de la meilleure intellectuellement parlant, les Alphas, à la moins bonne, les Epsilons, auxquels les tâches les plus ingrates sont assignées). Pourtant chacun est heureux « dans le meilleur des mondes » Et dans le pire des cas, c’est-à-dire celui où l’individu pourrait ressentir une pointe de nostalgie, de tristesse ou de jalousie, il lui suffit de prendre une drogue, le Soma, qui lui permettra de s’échapper pendant plusieurs heures dans un environnement onirique parfait. Cependant, dans ce cadre idyllique, deux éléments perturbateurs, Bernard Marx et Helmholtz Watson, deux Alphas aux caractéristiques singulières pour leur caste, vont troubler cette paix.

Et concrètement niveau lecture, ça donne quoi ?

« – Mais chacun appartient à tous les autres, dit-il en conclusion, citant le proverbe hypnopédique. Les étudiants acquiescèrent d’un signe de tête, marquant vigoureusement leur accord sur une affirmation que plus de soixante-deux mille répétitions leur avaient fait accepter, non pas simplement comme vraie, mais comme axiomatique, évidente en soi, totalement indiscutable. »

 

Le Meilleur des Mondes peut être considéré comme un véritable chef d’œuvre de la science-fiction. Il pousse le lecteur à réfléchir sur la société actuelle, bien qu’il ait été écrit il y a près de 80 ans et

fourmille de passages percutants. Il en vient même parfois à devenir dérangeant tant il décrit un futur possible, voire un présent que nous vivons. C’est le cas de la description de la société de consommation qui a trouvé le moyen de pousser les gens à acheter sans cesse par une sorte de propagande poussant les gens à rejeter tout ce qui serait vieux : « Mieux vaut finir qu’entretenir. Plus on reprise, moins on se grise ». Pourtant va s’immiscer un point de vue extérieur dans cette cacophonie : John ou Le Sauvage qui vient d’une Réserve où il est né d’un père et d’une mère, chose extrêmement réprouvée dans le monde parfait. Ce Sauvage qui connaît tout de Shakespeare, va rapidement rejeter les mœurs de ces gens voués à Ford.

Par ailleurs, les derniers chapitres révèlent au lecteur les raisons de fonctionnement de ce monde endoctriné à l’extrême. Et ces raisons sont justifiées par des propos très cohérents qui poussent Le Sauvage à défendre son point de vue en argumentant que chacun devrait avoir le droit de souffrir. Il s’agit bien d’une société qui semble avoir trouvé réponse à tout et pose au lecteur cette question : finalement ne s’agit-il pas vraiment d’un monde merveilleux, où tous les maux seraient détruits au seul prix du sacrifice de la liberté de penser ?

Et en conclusion ?

Cette dystopie (c’est-à-dire le contraire d’une utopie) m’a réellement ravie ! On réalise qu’Aldous Huxley a vraiment cherché à rendre son oeuvre la plus convaincante possible et aborde des sujets qui captent toute notre attention. Bien que le début puisse sembler assez long pour certains car il décrit la base de ce monde, il me semble essentiel de s’accrocher pour en comprendre les véritables enjeux ! Cet univers où maladie et mort n’existent plus mais créativité et libre-arbitre non plus a tout ce qu’il y a de plus captivant !

« Tel est le but de tout conditionnement : faire aimer aux gens la destination sociale à laquelle ils ne peuvent échapper »

 8.5/10

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