Une place à prendre – J. K. Rowling

Une-place-a-prendreSynopsis

Bienvenue à Pagford, petite bourgade anglaise paisible et charmante : ses maisons cossues, son ancienne abbaye, sa place de marché pittoresque… et son lourd fardeau de secrets. Car derrière cette façade idyllique, Pagford est en proie aux tourmentes les plus violentes, et les conflits font rage sur tous les fronts, à la faveur de la mort soudaine de son plus éminent notable. Entre nantis et pauvres, enfants et parents, maris et femmes, ce sont des années de rancunes, de rancœurs, de haines et de mensonges, jusqu’alors soigneusement dissimulés, qui vont éclater au grand jour et, à l’occasion d’une élection municipale en apparence anodine, faire basculer Pagford dans la tragédie. Attendue de tous, J.K. Rowling revient là où on ne l’attendait pas et signe, avec ce premier roman destiné à un public adulte, une fresque féroce et audacieuse, teintée d’humour noir et mettant en scène les grandes questions de notre temps.

 

Mais de quoi ça parle ?

L’histoire prend place dans un petit village tranquille, Pagford, comme il en existe des milliers d’autres en Angleterre. A côté de cette petite bourgade se dresse une cité dans une zone appelée communément les champs où vit une population défavorisée qui n’est pas spécialement vue d’un bon oeil par le reste des habitants.

Dès les premières pages, le ton du livre est donné avec la mort de Barry Fairbrother, un conseiller paroissial de Pagford. Bien que dans un premier temps, cette disparition peut laisser perplexe vis à vis de l’intrigue, nous sommes vite détrompés les pages suivantes.

En effet, la mort de Barry laisse une place vacante au conseil qui va rapidement se diviser en deux camps : d’un côté les défenseurs de la tranquillité du village, de l’autre, les militants pour la cité des champs. La place vacante laissée suite à cet incident va alors raviver la querelle entre les deux camps qui vont se lancer dans une âpre bataille,avec ses multiples coups bas, pour occuper le dernier siège du conseil et faire pencher définitivement la balance d’un côté ou de l’autre. Informations calomnieuses, vengeance personnelle, petits secrets dévoilés vont dès lors émailler les quelques 700 pages du roman.

Mais au-delà de cette joute politique, c’est le quotidien des habitants de Pagford et des champs que l’on va suivre tout au long du roman. Les personnages sont très nombreux et aussi divers que faire se peut : on y croise un mari violent qui cherche la moindre occasion de donner une raclée à sa famille, une mère droguée prête à vendre son corps pour quelques grammes, un proviseur-adjoint dépassé par les évènements et méprisé par son fils, une famille de médecins qui a réussi socialement, mais dont une des filles est mal dans sa peau et a des tendances sucidaires, des ados méprisants leurs parents … Bref une palette de personnage très fouillée qui ne va cesser de se poignarder dans le dos pour servir leurs intérêts. Le petit village tranquille va alors au fil des pages se transformer en une jungle où tous les coups sont permis et où aucun habitant n’en sortira indemene …

Et concrètement niveau lecture, ça donne quoi ?

Les 100-150 premières pages à livres sont très, très difficiles à lire : les premiers chapitres sont fastidieux dans la mesure où chacun fait l’approche d’un personnage. Et comme il y en a plus de 18, il faut s’accrocher ! Il m’est arrivé plus d’une fois à la lecture du début d’un chapitre de devoir revenir 40 pages en arrière pour me rappeler où j’avais laissé le personnage et ses relations avec les autres protagonistes…

Mais une fois que l’on a bien identifié tout le monde, et pris le rythme de lecture, on se rend compte que ce va et vient apporte un réel dynamisme, et l’on se surprend à avaler les pages sans s’en rendre compte ! Ainsi lorsque X décide de faire un coup fourré à Y, on n’a qu’une hâte, c’est d’aller quelques pages après pour savoir comment il va réagir, et quels moyens encore plus mesquins il va mettre en place pour se venger.

Car oui, la force de J.K Rowling est sa manière de créer des personnages qui ont, comme dans les Harry Potter des personnalités fouillées, et auxquels on finit par s’attacher. Sauf qu’ici, au lieu de les adorer, on n’a qu’une envie, c’est qu’ils souffrent, qu’ils en prennent plein la figure, qu’on remette les tortures du Moyen-Age au goût du jour rien que pour eux. Une place à prendre est le premier roman qui m’a fait détester tous les personnages, à part quelques personnages secondaires comme la fille des Sukhvinder, Jawinda. On n’a aucune sympathie pour l’un deux, tout leur comportement est fait pour qu’on les déteste, qu’on les prenne en grippe.

Car oui, ce livre est sombre, très sombre et ce pour une raison qui peut faire frémir : il dépeint ce qu’il y a de plus noir chez l’homme : jalousie, hypocrisie, coup bas se retrouvent mélangés pour révéler ce que l’homme a de plus mesquin en lui. (Car oui, on a tous un côté obscur qui sommeille en nous !). Assaisonnez cette ambiance de petits “putain”, “salope” et autre mots crus qui vous passent par la tête, et vous aurez idée des échanges entre les différents protagonistes (rien de tel pour rendre les personnages plus réels…). Mais loin d’être un livre grossier, Une place à prendre est plutôt une satire d’une société qui va mal où se mêlent réflexion sarcastiques et humour noir.

Et en conclusion ?

Vous l’aurez compris, la plume de JK Rowling nous emporte dans un village où les travers de la société sont pointés du doigt. Cela peut créer un certain malaise, comme le démontre les critiques de nombreux lecteurs que l’on retrouve ci et là sur la toile.

Au contraire, cette approche m’a apporté un vent de fraîcheur avec un livre loin des codes habituels où tout le monde est beau et gentil avec un méchant pas beau représentant tous les vices à lui tout seul.

Tous ces points font qu’Une Place à prendre est clairement destiné à un Public adulte. Une chose est sûre, ce livre n’est pas à mettre dans les mains de tous les aficionados du sorcier à la cicatrice, mais ils passeront à côté d’un roman dont on ne sort pas indemne.

8/10

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